
Lydie Bonandrian Montels : « Le mandala est la genèse du monde »
7/10/2026



L’Institut français de Vastu a harmonisé des milliers de lieux depuis sa création en 2015 et il a formé des centaines de personnes à cette science sacrée de l’habitat dont le feng shui est l’héritier. Lydie Bonandrian Montels en est la co-directrice avec son mari Laurent Montels, avec qui elle a également écrit Vastu Shastra, un art traditionnel pour être bien chez Soi (2023, Dervy Tredaniel).
Dans le cadre du Vastu shastra, c’est-à-dire du Vastu appliqué à l’habitat, elle crée de très nombreux mandalas qui sont ensuite posés sur des points précis des lieux à harmoniser. Ils peuvent également être utilisés dans un but méditatif et thérapeutique, ou simplement être posés sur des objets ou dans des endroits stratégiques en relation avec les énergies des mandalas (porte-feuille, dossier administratif). Quelques dizaines de mandalas sur les centaines que Lydie a créé et qu’elle propose à la vente ont été rassemblés dans un livre : Le pouvoir des mandalas Vastu, une porte ouverte sur la connaissance de soi (Anjali éditions).
Quand Lydie Bonandrian Montels fonde l’Institut français de Vastu en 2015 avec Laurent Montels, auprès de qui elle a appris le Vastu, la formation proposée est très structurelle. Elle consiste à donner des outils pour redessiner ou corriger énergétiquement un lieu dans le but de le ré-harmoniser. Lydie sent alors, sans pouvoir l’expliquer, que quelque chose d’important peut être développé en lien avec les couleurs, elle qui a fait les beaux-arts, et est dans une recherche de graphisme, de création picturale et d’art numérique. Au fil des synchronicités, les mandalas lui apparaissent comme de puissants outils d’harmonisation des habitats. Elle les place d’abord de façon totalement intuitive dans les maisons. Les réactions sont puissantes, sur le lieu mais aussi chez les habitants qui, plus d’une fois, se mettent à pleurer après la pose des mandalas.
Confrontée aux interrogations des élèves en formation à l’Institut (« comment ça marche ? »), Lydie cherche à comprendre pourquoi ces mandalas dont elle a eu l’intuition sont si puissants. Elle trouve une partie de ses réponses dans la géométrie sacrée, elle identifie des équivalences aux mandalas dans les différentes cultures, elle étudie Jung qui avait eu l’intuition de se servir de la force du mandala dans une approche thérapeutique, elle s’intéresse également aux lieux sacrés.
Lydie découvre ensuite ce qu’est le Purusha, l’esprit de la maison qui est représenté par un homme dans un carré. Certains points énergétiques de ce Purusha ne doivent pas être obstrués ou entachés, au risque de créer une décompensation émotionnelle et physique chez les habitants. C’est précisément pour les libérer que Lydie propose aujourd’hui une marmathérapie de la maison qui consiste à poser des mandalas sur ces points.
Dans la première partie de cet entretien, Lydie Bonandrian Montels présente ce qu’est un mandala, la place qu’il prend dans le Vastu shastra qu’elle pratique et enseigne, et comment elle le crée. Elle aborde également les liens du mandala avec la géométrie sacrée et ses vertus en dehors du contexte de l’harmonisation de l’habitat.
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Chiron – Pouvez-vous présenter en quelques mots ce qu’est le Vastu shastra, à propos duquel un autre entretien sera consacré spécifiquement ?
Lydie Bonandrian Montels - Le Vastu shastra est l’art d’harmoniser l’habitat. On le décrit comme l’ancêtre du feng shui. C’est une discipline issue des Védas, qui sont des textes écrits en sanskrit il y a plusieurs milliers d’année, avant Jésus Christ donc. Ils sont fondateurs de toute la culture spirituelle indienne et de l’hindouisme.
Les Védas abordent toutes les notions de savoir-vivre, que ce soit au niveau matériel, physique ou spirituel, sur le plan de la santé, du corps, des arts ou de l’habitat. Ils donnent des conseils concrets pour vivre et agencer son domaine afin d’être bien, ce qui, dans le contexte indien, ne veut pas dire vivre de manière physiologique comme un animal mais avoir une dimension spirituelle également. Être bien, dans cette vision holistique, c’est être en paix, en osmose, en union. C’est être dans une matière qui est transcendée et transcendante.
« Le point central entouré d’un cercle représente la genèse, nos cellules, tout ce qui nous constitue, ainsi que le symbole du soleil. »
En quoi le Vastu shastra comporte-t-il une dimension plus technique et une dimension plus sensible, et dans lequel de ces deux cadres s’inscrit le mandala ?
Quand toutes ces sources du Vastu ont été retrouvées, on a regardé comment avaient été fondés les temples en Inde. Quels étaient leurs axes, leurs portes d’entrée ? À partir de là, on a pu retrouver, comme un archéologue, des notions qui ont été appliqué à l’habitat.
Il y a donc des règles, qui sont fondamentales, pour bien construire une maison afin qu’elle soit en osmose avec notre évolution personnelle et spirituelle. Ces règles relèvent de l’aspect plus analytique. Au sein de l’Institut, les élèves apprennent à aménager un lieu, à le construire, à le corriger de manière structurelle avec des outils extrêmement concrets et la force du magnétisme.
À la dimension structurelle que je viens de décrire s’ajoute un second volet, qui relève plus de l’intuitif, qui est également transmis à l’Institut. On s’intéresse ici à l’âme de la maison, à son expression, à ce qui l’anime (ses habitants, sa psychologie, son ambiance). On a recours à des mandalas avec des symboles extrêmement puissants au centre, de manière à ce qu’ils viennent renforcer ce qui est déjà présent dans la maison ou alors à ce qu’ils viennent le corriger, l’améliorer.
Les deux dimensions théorique et analytique d’un côté, intuitive et sensible de l’autre ne s’opposent pas mais doivent trouver un point d’équilibre.
Comment l’énergie circule-t-elle à travers le mandala que vous posez intuitivement dans la maison ? La géométrie sacrée, à laquelle vous initiez, donne-t-elle des clés d’explication ?
Le mandala ne sort pas d’un chapeau. Il correspond à la forme primordiale qui raconte l’univers, le cercle avec le point en son centre, un symbole que l’on retrouve universellement. J’étais encore récemment à Rome où j’ai vu des rosaces qui contenaient au centre une représentation de la Vierge Marie qui porte l’enfant. Elles ont des points communs avec les mandalas : la lumière converge vers le centre d’où se diffuse l’énergie.
Le cercle avec le point en son centre est fait d’une force centrale qui crée une dispersion ou un déploiement jusqu’à une première limite de conscience, à partir de laquelle une autre dispersion se produit, et ainsi de suite. La première rosace (la graine de vie) est née à partir de cet élan, comme la spirale, le nombre d’or, le cube de Métatron. Ce point central entouré d’un cercle représente la genèse, nos cellules, tout ce qui nous constitue, ainsi que le symbole du soleil.
La convergence de la forme amène vers le centre qui, par la force du cercle, permet le déploiement du symbole qui s’y trouve dans l’ensemble du lieu. C’est comme le big bang, un point qui explose et génère une diffusion qui a une limite, qui est la limite concentrique, mais qui va se reporter à l’infini. On retrouve cette limite concentrique dans plusieurs traditions, notamment chez les Hindous qui parlent de l’expire et de l’inspire de Brahma qui va déployer son souffle jusqu’à une certaine limitation et revenir vers le centre.
Il s’ensuit que la taille d’un mandala n’a pas grande importance en énergétique car le cercle avec le point central, qu’elle que soit sa taille, génère un report de la limite à l’infini. La taille a de l’importance par contre pour l’inconscient, qui est saisi par ce qui est grand.
Vous pouvez remarquer que les temples en Inde on toujours une entrée qui comporte une seule marche au dessus et au dessous de laquelle se trouve un mandala qui correspond à la symbolique, à la cartographie du lieu. Lorsque la personne passe par ces mandalas, qui sont une forme harmonieuse qui représente la genèse du monde, elle se purifie en quelque sorte, elle retrouve sa genèse, son origine.
« On peut très bien avoir un mandala sur soi, qui agira tel un talisman, ou le placer dans un endroit stratégique sans qu’il agisse sur la maison en général. »
Vous avez d’abord créé les mandalas de façon totalement intuitive. Les connaissances auxquelles vous ont mené vos recherches a posteriori vous ont-elles conduite à changer votre façon de faire ?
Les connaissances acquises n’ont pas bouleversé ma manière de faire. Je me mets dans un état assez neutre et je me laisse porter par ma sensibilité afin de trouver les formes, les couleurs et la symétrie. Quand j’ai ces trois éléments, je sens quel symbole placer au centre du mandala. Je suis alors en lien avec un symbole ou avec l’énergie d’une déité avant de savoir de qui ou de quoi il s‘agit !
Je ne programme jamais la création des mandalas. Je sens quand c’est le moment d’en faire un, et c’est tout. Il y a donc des périodes où j’en fais beaucoup plus que d’autres. C’est un petit peu comme si le temps était venu pour un arbre de donner ses fleurs et que j’étais appelée pour les cueillir.
Avant de voir dans la seconde partie de l’entretien comment vous posez, et avec quels objectifs, des mandalas dans les maisons, pouvez-vous expliquer en quoi ils peuvent être utilisés en dehors du contexte du Vastu shastra ?
On peut très bien avoir un mandala sur soi, qui agira tel un talisman, ou le placer dans un endroit stratégique sans qu’il agisse sur la maison en général. Sur ma tablette graphique où j’écris mes idées et où j’ai mon agenda, j’ai placé un mandala qui a en son centre Saraswati, la déesse de la créativité, la déesse des artistes, la déesse du verbe, afin de trouver de l’inspiration.
De même, si une personne désire plus d’argent, elle peut très bien placer dans son portefeuille un mandala de Lakshmi, la déesse de l’abondance. Si un dossier administratif la bloque, elle peut aussi mettre un mandala de Ganesh, connu pour libérer des obstacles !
Il est possible pour les thérapeutes d’utiliser les mandalas en soin afin de faciliter leur connexion aux énergies avec lesquelles ils veulent entrer en relation. Les mandalas peuvent aussi leur servir d’une autre façon. Des mandalas diffusent leur vertu sur des points vitaux particuliers du corps. Durga, par exemple, est souvent placée sur le point du bas du ventre.
Un autre champ d’exploration avec le mandala est la méditation. Vous en proposez des gratuites sur le site de Laurent Montels, notamment certaines par rapport à des mandalas de plantes médicinales qui permettent d’accéder à leur esprit. De quoi s’agit-il plus précisément ?
Un mandala posé dans une maison est utilisé de manière passive. On ne s’en occupe plus, car tout l’appui géométrique et tout l’appui de la forme va faire que les choses attendues se mettent en place.
Avec la méditation, en revanche, l’idée est de faire que le mandala se déploie, que l’on rencontre le symbole ou la déité. Laurent Montels pratique et enseigne une méditation qui s’appelle Tratak. Elle a pour fondement l’observation. Généralement, Tratak consiste à regarder la flamme d’une bougie, à se concentrer sur sa vitalité pour en bénéficier. La même chose est possible avec une force, une déité, située au centre d’un mandala et dont on souhaite s’imprégner. La conscience du souffle est ici très importante. Il n’y a rien de compliqué à faire, simplement inspirer par le nez et expirer par la bouche dans la régularité et le relâchement.
Concernant les mandalas de plantes médicinales, il s’agit pour moi d’un champ de recherche encore en gestation. Dans l’Ayurveda traditionnel, le soin s’inscrivait dans une approche globale intégrant les plantes médicinales, mais aussi les formes géométriques, les mantras, les chants, le mode de vie, les cycles de la femme et de l’homme et leur relation aux cycles de la nature. Ce que j’explore aujourd’hui est la possibilité de recréer des liens entre certains de ces champs, notamment entre les formes géométriques et les plantes médicinales. Mais cette recherche est encore, comme j’aime à le dire, « en jachère ». Je sens que quelque chose est là, mais je ne souhaite pas encore en parler comme d’une pratique aboutie, et encore moins comme d’un moyen de guérison.